el banquete » Georges Rodenbach

Dos traducciones inéditas

Traducción: Leonor Saro

 

Imagen: Andrea Reyes de Prado

Imagen: Andrea Reyes de Prado

LA VIDA DE LAS HABITACIONES
(El reino del silencio, 1901)
I.

Las habitaciones que creeríamos decorados inútiles
Fasto de silencio de tejidos inertes
tienen no obstante un alma, una vida ciertas,
una voz cerrada a las influencias de afuera
que extiende su pensamiento en halos de sordinas.
Algunas, esplendor, alegría, un aire de displicencia;
Otras, la resignada sonrisa de una sala de visitas
que hace voto de pureza en el convento de las Visitandinas;
Otras incluso son el gran duelo de un Corazón
que empapa los oropeles con lágrimas volátiles.

Habitaciones que, ora son tiernas como una hermana,
ora reciben con ojos hostiles
si alguien osa perturbar su ensueño al filo desnudo del espejo
¡su sueño de Ofelia en el espejo del agua durmiente!
Tienen una vida extraña, que crece
en recuerdos que los rostros de la tarde,
en marchitas guirnaldas, sobre su frente de Ofelia,
van deshojando lánguidamente en el espejo
Recuerdos casi más rosas de años pasados

¡Habitaciones soñolientas! Viven verdaderamente
en quimeras más hermosas que la vida orgánica,
que culminan todas las cosas en símbolo, advirtiendo
en cada cortina pálida a un niño de comunión
vestido con faldón de aérea muselina
que comulga al filo de los vidrios, de la luna;
Advirtiendo en el brillo un alma de cristal
que quiebra al toque más mínimo una por una sus ramas,
mimosa de vidrio a quien el ruido hace daño.

Habitaciones soñolientas que, visionarias,
escogen de su alacena de orden estricto y meticuloso
los grandes sillones para los viejos frioleros
reunidos en círculo en el cuarto, decrépitos.

LA VIE DES CHAMBRES
(Le règne du silence, 1901)
I.
Les chambres, qu’on croirait d’inanimés décors,
— Apparat de silence aux étoffes inertes —
Ont cependant une âme, une vie aussi certes,
Une voix close aux influences du dehors
Qui répand leur pensée en halos de sourdines…

Les unes, faste, joie, un air de nonchaloir!
D’autres, le résigné sourire d’un parloir
Qui fit vœu de blancheur chez les Visitandines;
D’autres encor, grand deuil des trahisons d’un Cœur,
Mouillant les bibelots de larmes volatiles;

Chambres qui sont tantôt bonnes comme une sœur,
Puis accueillent tantôt avec des yeux hostiles,
Quand on trouble leur rêve au fil nu du miroir,
Leur rêve d’Ophélie au miroir d’eau dormante !
Elles ont une vie étrange qui s’augmente
Des souvenirs que les vieux portraits dans le soir
À leur front d’Ophélie, en guirlandes fanées,
Vont effeuillant dans le miroir languissamment,
Souvenirs presque plus roses d’autres années !

Chambres pleines de songe ! Elles vivent vraiment
En des rêves plus beaux que la vie ambiante,
Grandissant toute chose au symbole, voyant
Dans chaque rideau pâle une communiante
Aux falbalas de mousseline s’éployant
Qui communie au bord des vitres, de la lune !
Et voyant dans le lustre une âme de cristal
Qui crispe au moindre heurt ses branches une à une,
Sensitive de verre à qui le bruit fait mal.

Chambres pleines de songe et qui, visionnaires,
Parmi leur rangement strict et méticuleux,
Prennent les grands fauteuils pour des vieillards frileux
En cercle dans la chambre et valétudinaires.

EL ACUARIO MENTAL
(Las vidas encerradas, 1896)
VIII
En el acuario cerrado sueñan las actinias,
anémonas de mar, mimosas de agua,
en un halo de a poco sus visos se desvanecen
en el lugar que hirió cierta aleta fugitiva;
El silencio renace y ya nada se filtra
en el estanque plagado de formas detenidas.
Entonces, en el agua sin temblor, las actinias
se abren, como una boca se abriría al beso
coloreando de rosa un poco sus corolas lívidas
pero aún sensibles como una herida en flor.
Pues el más leve y nuevo desvelo de una aleta
las retrae de inmediato en las aguas de tornasol
aunque el pez sólo las roce apenas, suavemente,
de nuevo se erizan y se recluyen
terriblemente tristes como una boca tras el adiós
No obstante en nosotros también viven actinias:
Sueños temerosos que a veces se despliegan
jardín embrionario y como submarino,
raras flores que no emergen salvo en la soledad,
gemas cuyo solo silencio entreabre el joyero.
Pero qué breves estos bellos instantes de plenitud
que son el precio de la calma y de la renuncia,
pues de nuevo regresan las aletas desterradas
de un sueño demasiado profano, en el dudoso derrumbe
que crispa el agua del alma y cierra las actinias.

AQUARIUM MENTAL
(Les Vies Encloses, 1896)
VIII
Dans l’aquarium clos songent les actinies,
Anémones de mer, sensitives de l’eau ;
Les moires peu à peu se sont tout aplanies
Qui tout à l’heure s’arrondissaient en halo
À l’endroit qu’a blessé quelque nageoire en fuite ;
Le silence renaît et plus rien ne s’ébruite
Dans le bassin peuplé de formes en arrêt.
Alors, dans l’eau sans nul frisson, les actinies
S’ouvrent, comme une bouche au baiser s’ouvrirait,
Fardant de rose un peu leurs corolles blêmies,
Mais sensibles encor comme une plaie en fleur ;
Car le moindre nouvel éveil d’une nageoire
Les rétracte aussitôt parmi l’eau qui se moire,
Encor que le poisson soit doucement frôleur,
Et les voilà toutes recloses, racornies,
Toutes tristes comme une bouche après l’adieu !
Or nous avons aussi dans nous des actinies :
Rêves craintifs qui se déplient parfois un peu,
Jardin embryonnaire et comme sous-marin,
Fleurs rares n’émergeant que dans la solitude,
Bijoux dont le silence entr’ouvre seul l’écrin.
Mais combien brefs, ces beaux instants de plénitude
Qui sont le prix du calme et du renoncement !
Car revoici toujours les nageoires bannies
D’un rêve trop profane au louche glissement
Qui crispe l’eau de l’âme et clôt les actinies.