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Poesía francesa: Poèmes de Saisseval (Pierre Garnier )
Textos y traducciones de Milagrosa Romero Samper
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Pierre Garnier , reseña bio-bibliográfica

Sobre la traductora, Milagrosa Romero Samper

Poèmes de Saisseval (selección)

 

 

 

Pierre Garnier, reseña Bio-Bibliográfica

 

 


FUENTE: Milagrosa Romero Samper

 

Pierre Garnier nace el 9 de enero de 1928 en Amiens. Estudia filología alemana en las universidades de la Sorbona, Friburgo y Mainz. Más adelante será profesor de alemán en su ciudad natal. De su época universitaria data su contacto con la escuela de Rochefort, y con el grupo surrelista de Aragon, Elsa Triolet, Eluard, Seghers y Roy, con quienes terminará rompiendo. Casado con Ilse Göttel en 1952, publica en esta época sus primeros libros de poesía: Les armes de la terre (1954), La Nuit est prisonnière des étoiles (1958) y Seconde géographie (1959). A partir de 1962, con su Manifeste pour une poésie nouvelle,visuelle et phonique, Pierre e Ilse se centran en la poesía experimental. Como máximo representante francés del espacialismo o poesía espacial, Garnier publica a partir de 1963 numerosos manifiestos y poemas en la revista Les Lettres. En 1968 aparecen Spatialisme et poésie concrete y Perpetuum mobile. En total, ha publicado hasta la fecha 64 libros de poesía en francés, alemán y dialecto picardo, 12 libros de ensayo y poesía con Ilse, y 21 ensayos y traducciones, fundamentalmente del alemán (Goethe, Novalis, Gottfried Benn y Nietzsche).

 

La presente obra fue publicada por primera vez en edición bilingüe, con traducción alemana de Fritz Werf (Die Andere Zeit / L´autre temps. Poèmes de Saisseval, Andemach, Atelier Verlag, 1993), e inglesa de Alex Fischler (Poems of Saisseval, Goodhue, Minnesota, Black Hat Press, 1995).

 

Actualmente, Pierre e Ilse viven y trabajan en la antigua rectoría de Saisseval. La Universidad de Angers celebró en 1997 un coloquio internacional sobre Pierre Garnier, y la Biblioteca del Departamento del Somme le ha dedicado recientemente la exposición Pierre Garnier, le parcours d´un poète. En noir en blanc et en couleur (catálogo del mismo título editado por la imprenta del Conseil Général de la Somme, septiembre 2002).

 

Los últimos libros de Pierre están dedicados a su tierra natal, Picardía:

 

Picardie, Éditions la Vague Verte 2007; Cronique des paysages picards, Éditions Librairie du Labyrinthe 2008.

El el 2008 la región celebró el 80 aniversario de Pierre Garnier, su poeta nacional y el más universal, declarándolo année Pierre Garnier.  El mismo año, Éditions des Vanneaux comenzó a publicar las Œuvres poétiques de Pierre Garnier.

 


 


 


Sobre la traductora de Poèmes de Saisseval, Milagrosa Romero Samper

 

Milagrosa Romero Samper es doctora en Historia por la Universidad Complutense de Madrid. Ha sido profesora durante diez años en las universidades de Trento, Católica de Milán (sede de Brescia) y L`Aquila (Italia). Actualmente enseña Historia Contemporánea de España en la Universidad San Pablo-CEU y es responsable de numerosos trabajos y publicaciones en este campo.

Además es autora literaria y traductora. Entre sus libros de literatura se encuentran títulos como Diario Fiorentino (2001), Lisboa. Saudades (2008) y Unicornio (2009). Como traductora se ha encargado de la obra de Michael Yevzlin (El jardín de los monstruos, 1999), Alexander Pushkin (La dama de picas, 2001), Pierre Garnier (Livre d´École. Poésie Spatiale, 2002; Une nativité. Poésie Spatial, 2004; Poemas de Saisseval, 2003; Le Poète Yu, 2004) y
Sergei Birjukov, de quien acaba de aparecer  en libro, de manera simultánea a esta publicación, la obra Sphinx.

mrsamper@ceu.es

 

 


 


Poèmes de Saisseval,
(selección)
  

 


Ce paysage
de basses collines

arrondies

                   parce que le temps s’y montre un peu

 

(le temps se lève à peine au-dessus de l’espace,

travaille en nous et dans les arbres)

 

sur les étangs plats passe

le temps qu’il fait

 

je mourrai: rien ne sera changé

ni les talus ni les noisetiers

ni cette géographie légèrement histoire

 

ces oiseaux, ces arbres

qui ne nous doivent rien

que nous n’avons jamais aidés

qui ont créé leurs civilisations

seuls-

que nous n’inscrivons ni dans nos histoires

ni dans nos géographies

 

souvent, à la sortie du village,

je rencontre l’homme désert, solitaire, triste

d’aujourd’hui

 

plus loin, au-delà du no man’s land,

ce qui reste du paradis

ses chants et ses meurtres

 

on croise encore dans le village

des paysans du Moyen-âge: la pluie

et le beau temps

occultent pour eux les nouvelles du monde

 

à midi l’église sonne deux fois

douze coups

-de loin, dans les champs,

avant même qu’on l’entende,

on voit des pigeons s’éloigner du clocher

et tourner autour du village

 

les chasseurs vont surprendre

ceux qui résistent encore dans les bois,

dans les plaines

 

les hommes solitaires, déserts, tristes,

lâches d’aujourd’hui

 

l’orage vient, c’est un grand paysan,

ici la pluie, le vent, la neige, la lumière

sont des personnes  . . .

 

ce champ connaît-il aujourd’hui l’Europe ?

Gorbatchev ? Major ?

 

Evidemment il les connaît.

 

ils avancent encore leurs mots

comme on poussait naguère les dominos

dans le café qui a fermé depuis longtemps

 

le paysan désert, solitaire et triste

d’aujourd’hui

 

les chevaux ont presque disparu

les hommes aussi ont presque disparu

 

l’épervier tombe encore

comme un arrêt de cœur

 

ici on ne voyage guère

on visite l’année

et c’est déjà un long voyage

 

parfois c’est un silex

qui remonte du champ

ou bien les graviers se rassemblent dans le

haut du jardin:

les pierres ne sont pas mortes.

elles ont de l’intelligence:

on le voit à la blancheur éclatante de la craie.

 

le papillon, dit-on, est un exemple de symétrie.

on peut dire aussi qu’il est fendu:

selon la joie ou la douleur.

 

les paysans quand ils sont aux champs

ont gardé l’aspect misérable:

la couleur de la terre.

 

ils ne sont pas riches les mulots

aux nids pourtant douillets,

il n’est pas riche le coquelicot

ni la tige de blé.

 

cette écriture minuscule

avec pleins et déliés

ce sont les insectes qui d’abord l’ont écrite

j’en fais cependant des poèmes

 

le jardin du presbytère n’a pas changé

il a toujours son mur au toit d’ardoises

derrière lequel Dieu passe chaque matin

pour aller au travail

 

dans le jardin il y a des arbres

qui sont de bons ouvriers

pas forcément les fruitiers

 

il y eut tant de batailles dans ce pays

que ça lui donne la paix des morts.

 

l’instituteur traçait au tableau

une horizontale:

la mort pensait l’enfant.

 

filles rouges-gorges jardins étoiles

vous étiez l’au-delà

que j’essayais d’atteindre

 

puis vient la mort l’au-delà sans au-delà

 

ils furent tués dans un champ

le 6 juin 1940 à sept heures du matin

comme le sont aujourd’hui les lièvres

 

la mort bientôt ne viendra que de l’homme

 

les pommes,

on voit bien qu’elles sont en train de tourner

dans l’épaisseur

 

à travers les secondes paraît un autre temps

que l’homme ne comptabilise pas

qui n’est pas non plus le temps qu’il fait

mais le temps qui fait

le lait et les feuilles.

 

c’est la merveille

qu’on ne puisse découper les êtres

-que même l’Etre ne puisse découper les êtres

et c’est l’autre merveille

que les êtres ne puissent découper l’Etre.

 

le plus lumineux en l’homme,

me dit le paysan,

                                ce sont ses mains.

 

dans le grenier, derrière la lucarne,

se retrouvent

la lumière et la poussière

-identiques et différentes

 

le lièvre

avec son dos arqué, ses longues oreilles,

son poil d’automne :

 

c’est lui le monde.

 

la flamme de l’Inconnu(e)

 

la forêt et l’être

une rime riche-

cependant étrange

 

les vents viennent rarement avant:

ils arrivent pour les arracher

quand les feuilles sont presque mortes-

 

qui donne l’heure aux vents ?

de quelle horloge s’agit-il ?

 

ce rouge-gorge

malgré son petit air

vous repose des guignols qui firent l’histoire

-trop vus maintenant.

 

constellations en suspension

-dans quelle espérance ?

 

dans le bassin exigu de la source

vivent microbes et vers de vase-

en aval épinoches et vairons,

plus bas les truites :

c’est ainsi que la vie a l’exacte mesure

de l’espace et du temps.

 

l’instituteur dessinait des triangles, des

cercles, des carrés

« Dessinez-nous la Grande-Ourse Â» demandait l’enfant.

 

à la fin du jour

les vaches et leur lait

ne sont plus qu’un peu d’air

 

mais cette lumière dorée sur les branches

est un rouge-gorge.

 

le vent s’éloigne, fait voile

sur la plaine, dans les collines.

 

c’est l’automne. je ratisse les feuilles.

je cueille les pommes.

je le sais maintenant:

l’été n’a pas été.

 

il se souvenait du bol de la grand-mère

un grand bol

qui lui disait que ses lèvres étaient rondes

comme l’est la terre

 

les enfants tordaient les sacs

où se trouvait la vase

il restait de merveilleux minuscules vers de vase

rouges

debout et dansant comme des hommes sauvages

 

le porc est crucifié, la tête en bas,

dans la cour de la ferme

sa viande propre est une source.

 

c’est inscrit sur une tombe:

« Je ne sais toujours pas Â».

 

ce paysan me dit manger seulement du pain

boire seulement du vin

trouver au fond de l’un et de l’autre

la ligne droite.

 

comme les chiens et les oiseaux

l’enfant mourut vers les douze ans

 

il regardait son corps pousser

-sans pouvoir rien y faire

même pas le couper

comme il aurait pu le faire d’un arbre.

 

sur le sentier

la lumière

la Lumière

-minuscule ? ou majuscule ?

 

le hasard c’est le hasard, disait l’instituteur.

l’enfant voyait le hasard :

une montagne.

 

l’enfant marchait sur le sentier,

mais il savait que l’horizon

était le meilleur des sentiers.
 ESTE PAISAJE de bajas colinas

redondeadas

                          para que el tiempo se asome un poco

 

(el tiempo se alza apenas sobre el espacio,

trabaja en nosotros y en los árboles)

 

sobre los estanques lisos pasa

el tiempo que hace

 

moriré: nada habrá cambiado

ni los taludes ni los avellanos

ni esta geografía que es un poco historia

 

estos pájaros, estos árboles

que no nos deben nada

que nunca hemos ayudado

que han creado sus civilizaciones

solos-

y que no inscribimos en nuestras historias

ni en nuestras geografías

 

a menudo, a la salida del pueblo,

me encuentro con el hombre desierto, solitario, triste

de hoy

 

más lejos, más allá de no man´s land,

lo que queda del paraíso

sus cantos y sus muertes 

 

se encuentran en el pueblo todavía

campesinos de la Edad Media: la lluvia

y el buen tiempo

ocultan para ellos las noticias del mundo

 

al mediodía la iglesia toca dos veces

doce campanadas

-lejos, en los campos.

aun antes de oirse,

se ven las palomas volar del campanario

y dar vueltas al pueblo

 

los cazadores quieren sorprender

a los que aún resisten en los bosques,

en los llanos

 

los hombre solitarios, desiertos, tristes,

viles de hoy en día

 

el temporal llega, es un gran campesino,

aquí la lluvia, el viento, la nieve, la luz son personas...


¿conoce este campo la Europa de hoy en día?

¿Gorbachov? ¿Major?

 

Evidentemente los conoce.

 

todavía mueven sus palabras

como no ha mucho las fichas de dominó

en el café que cerró después de tanto tiempo
el campesino desierto, solitario y triste

de hoy en día

 

los caballos casi  han desaparecido

también los hombres casi han desaparecido

 

el gavilán se lanza todavía

como un ataque al corazón

 

aquí nadie viaja mucho:

atraviesan el año

y ya es un largo viaje

 

a veces un pedernal sobresale en el campo

o la grava se amontona

en lo alto del jardín:

las piedras no están muertas.

tienen inteligencia:

se ve en la blancura brillante de la creta.

 

la mariposa, dicen, es un ejemplo de simetría.

diríase también que está escindida:

según la alegría o el dolor.

 

los aldeanos en sus campos

conservan un aspecto miserable:

el color de la tierra.

 

no son ricos los ratones,

aunque tengan blandos nidos,

no es rica la amapola

ni la espiga de trigo.

 

la escritura minúscula

de trazos finos y gruesos

la inventaron los insectos

y yo la pongo en versos

 

el jardín de la rectoría no ha cambiado

tiene siempre su muro con techo de pizarra

por detrás pasa Dios cada mañana

para ir al trabajo

 

en el jardín hay árboles

que son buenos obreros,

no sólo los frutales

 

hubo tantas batallas en esta tierra,

que eso le da la paz de los muertos.

 

el maestro traza en la pizarra

una horizontal:

la muerte, piensa el niño-

 

niñas, petirrojos,  jardines,  estrellas

erais el más allá

que yo intentaba alcanzar

 

después viene la muerte: el más allá sin más allá

 

les mataron en un campo

el 6 de junio de 1940 a las siete de la mañana

como hoy a las liebres

 

pronto la muerte vendrá sólo del hombre

 

las manzanas,

se las ve que están girando

en la densidad

 

detrás de los segundos aparece otro tiempo

que el hombre no cuenta

que ya no es el tiempo que hace,

sino el tiempo que hace

la leche y las hojas.

 

lo raro es

que no se puedan recortar los seres

-que incluso el Ser no pueda recortar los seres-

y otra cosa rara

que los seres no puedan recortar al Ser.

 

lo más luminoso del hombre,

me dice un campesino,

                                         son sus manos.

 

en el desván, bajo el tragaluz,

se reúnen

la luz y el polvo

iguales y distintos

 

la liebre

con su lomo arqueado, sus largas orejas,

su pelaje otoñal:

 

ella es el mundo.

 

la llama de lo Desconocido (-a)

 

el bosque y el ser

una rima rica-

y sin embargo extraña

 

los vientos raramente se presentan-

llegan para arrancar,

cuando están casi muertas, las hojas-

 

¿quién dice la hora al viento?

¿de qué reloj se trata?

 

este petirrojo

a pesar de su aire diminuto

os hace reposar de los títeres que hicieron la historia

-ya demasiado vistos.

 

constelaciones colgando

-¿de qué esperanza?

 

en la pequeña charca de la fuente

viven microbios y gusanos del cieno-

río abajo espinosos y foxinos,

más abajo las truchas:

la vida tiene así la medida exacta

del espacio y del tiempo.

 

el maestro dibujaba triángulos,

círculos, cuadrados

«Dibújenos la Osa Mayor», pidió el niño.

 

al final del día

las vacas y su leche

no son más que un soplo de aire

 

pero esta luz dorada en las ramas

es un petirrojo.

 

el viento se aleja, tiende sus velas

por la llanura, en las colinas.

 

es el otoño. rastrillo las hojas.

recojo las manzanas.

ahora lo sé:

el verano no fue.

 

recordaba el tazón de la abuela

un gran tazón

que le decía que sus labios eran redondos

como lo es la tierra

 

los niños retorcían sacos

llenos de barro:

salían maravillosos gusanitos de cieno

rojos

de pie y bailando como hombres salvajes

 

el cerdo está crucificado, cabeza abajo.

en el corral de la granja

su carne limpia es una fuente.

 

está escrito en una tumba:

«Sigo sin saber».

 

este aldeano me dice que come sólo pan

que bebe sólo vino

encuentra en el fondo de uno y otro

la línea recta.

 

como los perros y los pájaros

el niño murió hacia los doce años

 

veía crecer su cuerpo

-sin poder hacer nada

ni siquiera podarlo

como si fuera un árbol.

 

en el camino

la luz

la Luz

-¿minúsculas? ¿o mayúsculas?

 

el azar es el azar, dijo el maestro

el niño veía el azar:

una montaña alta.

 

el niño andaba por el camino

pero sabía que el horizonte

era el mejor camino.


                                                               



SAISSEVAL est un village qui se suffit,

assez d’espace, assez de temps,

son histoire aussi brouillée que la préhistoire

-on ne sait pas-

 

mais les étoiles sont proches

 

la journée a vingt-quatre heures, dit l’instituteur

vingt-quatre colonnes, pense l’enfant

 

l’oncle Pierre le jardinier me montrait quand j’étais

enfant des corolles colorées et légères

« Ce sont des cosmos Â» disait-il

me confirmant, sans le savoir,

le nombre innombrable des mondes

 

soudain le rouge-gorge apparaît

rouge et noir un cœur

au bord du buisson

-et il se met à chanter

coincé comme moi

entre ces deux montagnes

la Naissance et la Mort

 

le lait n’est pas blanc

il est rond

 

les hommes le savent qui ne le reçoivent

que dans les cruches, dans les jattes,

dans les bols

 

il y a encore des pauvres au village

 

cette vieille ne boit plus que du lait

rejoignant chaque matin et chaque soir

son origine

                       qui est aussi celle du monde

 

l’escargot est mon animal-totem:

cette colonne enroulée autour d’un point

est aussi le monde

 

le paysage a l’imprévu d’un théâtre:

les hommes disparaissent derrières les talus

 

les vaches tournent autour des collines

et reviennent

c’est tout à coup le jour qui sort

 

le rouge-gorge

est maintenant perché sur une

brindille

-d’autres brindilles tremblent

dans le rouge-gorge

 

les arbres travaillent,

sont de bons ouvriers

il s’élèvent

et œuvrent de plus en plus dans la finesse

 

cette terre était jadis vivante

elle n’est plus que cendre et engrais:

 

la Terre empoisonnée commence ici près du village

 

le champ est un camp de concentration

les blés sont semés si près l’un de l’autre

que l’eau de pluie n’atteint plus le sol

 

voyez, ce sont des hangars

on y élève des poulets de batterie

morts avant de naître

 

déjà la mort ne vient plus que de l’homme

 

heureux papillon :

ce si peu d’histoire qui va de fleur en fleur

 

la lumière de la lune

la lumière de la bougie

 

ce n’est qu’à leur lumière qu’on devrait lire

 

 

le charron recherchait le beau cœur des ormes

-il en faisait des moyeux

autour de qui tournait la roue

dernière invention du monde

 

on ne rencontre plus beaucoup d’hommes

les paysans sont sur leurs machines

les hommes on ne les voit plus qu’à l’époque de la chasse

en vert et avec les fusils

 

Dieu n’a plus  son regard sur eux

 

rien pourtant ne change:

quand le grain de blé

devient pain

il garde sa croûte et sa mie

 

le sanglier tué:

la mort était là,

source encore pour quelques instants

sous les soies

 

les hommes dressent partout des horloges

qui leur ressemblent

et qui les séparent du monde

 

le dernier éléphant va mourir

 

le bois me dit que l’éléphant

était encore plus beau que le plus beau de

ses arbres

 

le regard de Dieu nous a quittés

 

naguère encore les Rois Mages

venaient jusque dans l’église

aujourd’hui ils ne vont pas plus loin

que les bois

 

c’est une église où il n’y a plus guère

de prières

elles sont devenues aussi rares que les lièvres

 

lièvres et prières vont ensemble

 

dans ce paysan

une forme n’est pas du siècle,

son visage est celui du vilain

mais ce n’est pas cela,

c’est plus profond à l’intérieur,

 

cette forme va avec la vache

quand elle marche derrière

et que la vache porte en elle

la silhouette du paysan

 

je suis mort pour ceux qui ont vingt ans

et eux sont morts pour moi-

 

d’année en année

plus proches des arbres,

de leur langue:

quelques graines, quelques syllabes

 

en approchant du village

on entend les voix de la cour d’école

de la cour de ferme

de l’enclos des jeunes pommiers:

souvent les mêmes voix.

 

ma chienne fait beaucoup d’efforts

pour articuler, elle explique.

elle voudrait parler:

langue et poème viennent du monde

 

le cimetière est situé entre les dernières maisons

et le bois

il a la forme rectangulaire d’un petit port

chaque tombe dresse un mât

 

mais aucune ne bouge

 

malgré les tracteurs

ce sont toujours de pauvres gens,

de pauvres chiens,

de pauvres écureuils,

la mort vient les chercher au milieu de leur vie

et ils mériteraient bien une récompense

pour avoir été aussi pauvres

 

le temps qui passe

le temps qu’il fait

le temps qui fait le monde

 

« Il faut parler aux plantes Â» me disait l’oncle Pierre

le jardinier

qui connaissait bien la coexistence des mondes

 

l’anneau d’or de ma grand-mère

était un merveilleux village

avec reflets et échos

 

ils disent : ce sont des coqs, des poules,

des canards, du fumier, une mare,

c’est une ferme ?

c’est sans doute aujourd’hui une église !

 

la lumière des blés

est une autre lumière que celle des brebis

 

-c’est cependant la même lumière.

 

des vaches avancent

avec sur leur cuir les cinq continents

 

la vraie carte de la terre

 

les vaches voyagent chaque jour avec la terre

faisant avec la Terre

le tour du monde

 

ce rouge-gorge perché dans l’arbuste

est aussi perché dans le poème

 

à sept heures le matin et le soir

les cloches sonnent mues par l’électricité

-il n’y a plus ni curé ni messe

les cloches sonnent seules

 

dans le pré d’à côté

un grand arbre, une vieille charrue,

des brebis, des agneaux

-ce tableau aurait plu à Werther

mais aussi aux Evangélistes

pour qui l’agneau de Dieu était bien un peu

l’agneau de la brebis

 

ici quand je feuillette un livre

c’est une roue qui tourne

 

-voici longtemps que je ne lis plus rien,

mais je regarde les pages tourner

comme la lune les étoiles les feuilles les ailes

 

rares sont les paysans qui ne sont pas baptisés,

ni les oiseaux ni moi ne le sommes

c’est pourquoi nous nous entendons si bien

avec les arbres, le vent, le ciel

-parfaitement avec le Christ

 

dehors c’est la nuit, le froid, la neige,

on dort la tête sous l’aile

 

on va germer

 

le presbytère où nous habitons

a gardé un peu d’histoire

 

-comme les collines

 

la rue du Moulin, la rue du Bois,

la rue de Saissemont, la rue des Vaux,

ici les pas vont vers les choses,

nous savons vers où.

 

on sort du village

on entre dans la minceur

celle de l’herbe, des blés

-cette mince couche d’humus

 

oiseaux et chevreuils sont bien ici

qui filent

dans l’étroit entre la vie et la mort

 

pendant que les hommes fourbus rentrent

dans le large

 

les hommes

-comme les Européens en Afrique

sont lourds et grossiers

mais l’alouette le chevreuil le blé

sont élégants

 

la lumière unit tout: je vais dans la campagne

comme dans ces tableaux

où le cerf et les arbres sont faits des mêmes

huiles

 

me promenant au cœur de l’Afrique

je suis demeuré dans ce presbytère de Saisseval

planté et immobile

 

en voyage le corps ne bouge pas

 

le monde n’est pas si grand que les hommes

le disent

sinon le monde dispersé ne serait pas

le « monde Â»

 

aux environs de Saisseval

les étoiles sont comme les Indiens

sur les collines

 

puis, l’étoile de la Nativité et l’Etoile Rouge

étaient bien un peu des étoiles

 

nous nous reposons sur de faux calculs

les étoiles sont proches

 

l’arche gothique de l’ancien manoir

accueille chaque matin la Terre dont il a

la forme en montée

 

et la Terre entre

 

le vieux cheval me ramène de l’au-delà

au centre:

                      le chemin où marche le vieux cheval

 

au bout du chemin soudain

il ne reste plus que la lumière et la poussière…

 

(on dit que Dante, ayant visité le Paradis,

était devenu taciturne)

 

j’ai rencontré l’homme pauvre

d’aujourd’hui

l’homme simple a disparu

 

                                                     je veux dire

celui qui se donnait le temps

 

le paysan était déjà terre plus qu’à moitié

le marin était déjà mer plus qu’à moitié

la terre et la mer n’avaient qu’à monter un peu

 

l’homme mort d’aujourd’hui

-celui qui vit le plus longtemps.
SAISSEVAL es un pueblo que se basta,

mucho espacio, mucho tiempo,

su historia tan revuelta como la prehistoria

-no se sabe-

 

pero las estrellas están muy cerca

 

el día tiene veinticuatro horas, dice el maestro

veinticuatro columnas, piensa el niño

 

el tío Pierre el jardinero me enseñó,cuando yo era

niño, corolas coloridas y ligeras

«son cosmos», dijo él,

confirmándome, sin saberlo,

el número inmumerable de los mundos

 

de repente el petirrojo aparece

rojo y negro -un corazón

al borde del seto

-y se pone a cantar

arrinconado como yo

entre estas dos montañas:

el Nacimiento y la Muerte

 

la leche ya no es blanca

es redonda

 

los hombres saben que no la reciben

más que en cántaros, en cuencos,

en tazones

 

todavía hay pobres en el pueblo

 

esta vieja no bebe más que leche

volviendo cada mañana y cada noche

a su origen

                               que es también el del mundo

 

el caracol es mi animal-tótem:

esta columna enroscada en torno a un punto

es también el mundo

 

el paisaje tiene las sorpresas de un teatro:

los hombres desaparecen tras los terraplenes

 

las vacas rodean las colinas

y reaparecen

de golpe se hace de día

 

 

el petirrojo

está posado ahora en una

ramita

-otras ramitas tiemblan

en el petirrojo

 

los árboles trabajan,

son buenos obreros,

ellos se levantan

y hacen su trabajo, cada vez más fino

 

esta tierra estaba antes viva

ya no es más que ceniza y estiércol:

 

la Tierra envenenada empieza aquí cerca del pueblo

 

el campo es un campo de concentración

los trigos están sembrados tan juntos

que el agua de lluvia no llega al suelo

 

mirad, hay barracones

donde crían pollos en serie

muertos antes de nacer

 

la muerte viene ya sólo del hombre

 

feliz mariposa:

esa pequeña historia que va de flor en flor

 

la luz de la luna

la luz de la vela

 

sólo se debería leer a su luz

 

el carretero buscaba el corazón hermoso de los olmos

hacía con él cubos

sobre los que giraba la rueda

última invención del mundo

 

ya no se encuentran muchos hombres

los campesinos van en máquinas

sólo se ven hombres en la época de caza

de verde y con fusiles

 

Dios ya no detiene en ellos su mirada

 

sin embargo nada cambia:

cuando el grano de trigo

se hace pan

conserva su corteza y su miga

 

el jabalí muerto:

la muerte estuvo ahí,

resurge unos momentos

bajo las cerdas

 

por todas partes los hombres ponen relojes

que se les parecen

y que les separan del mundo

 

el último elefante va a morir

 

el bosque me dice que el elefante

era aún más bello que el más bello

de sus árboles

 

la mirada de Dios nos ha dejado

 

no hace mucho aún los Reyes Magos

entraban hasta la iglesia

ahora llegan como  mucho

hasta los bosques

 

es una iglesia donde ya no hay

preces

se han hecho tan raras como las liebres

 

liebres rima con preces

 

en este aldeano

una forma no es de este siglo,

su rostro es el del villano,

aunque no es eso,

es algo más profundo en su interior

 

esta forma va con la vaca

cuando ella le sigue

y la vaca lleva en sí

la silueta del aldeano

 

yo estoy muerto para los que tienen veinte años

y ellos están muertos para mí-

 

de año en año

más cerca de los árboles,

de su lengua:

unas semillas, unas sílabas

 

al acercarse al pueblo

se distinguen las voces del patio de la escuela

del corral de la granja

del cercado de los jóvenes manzanos:

a menudo las mismas voces.

 

mi perra hace grandes esfuerzos

por articular, se explica:

quisiera hablar:

lengua y poema vienen del mundo

 

el cementerio está entre las últimas casas

y el bosque

tiene la forma rectangular de un pequeño puerto

cada tumba lleva un mástil

 

pero ninguna se mueve

 

a pesar de los tractores

siguen siendo pobre gente,

pobre perros,

pobres ardillas,

la muerte viene a buscarlos en medio de su vida

y merecerían una recompensa

por haber sido tan pobres

 

el tiempo que pasa

el tiempo que hace

el tiempo que hace el mundo

 

«hay que hablar a las plantas», me decía el tío Pierre

el jardinero

que conocía bien la coexistencia de los mundos

 

el anillo de oro de mi abuela

era un pueblo maravilloso

con reflejos y ecos

 

dicen: hay gallos, pollos,

patos, estiércol, un estanque,

¿es una granja?

¡hoy sin duda es una iglesia!

 

la luz de los trigos

es distinta a la de las ovejas

-y es sin embargo la misma luz-

 

las vacas avanzan

con los cinco continentes en su piel

 

el verdadero mapamundi

 

las vacas viajan cada día con la tierra

dando con la Tierra

                                               la vuelta al mundo

 

este petirrojo subido al arbusto

está también subido al poema

 

a las siete de la mañana y de la tarde

las campanas tocan movidas por la electricidad

-ya no hay cura ni misa

las campanas tocan solas

 

en el prado de al lado

un árbol grande, un arado viejo,

ovejas, corderos

-este cuadro le habría gustado a Werther

y también a los Evangelistas

para quienes el cordero de Dios era un poquito

el cordero de la oveja

 

aquí cuando hojeo un libro

es una rueda que gira

 

-he aquí que hace mucho que ya no leo nada,

pero miro volver las páginas

como la luna, las estrellas, las hojas, las alas

 

raros son los aldeanos que no están bautizados,

ni los pájaros ni yo lo estamos

por eso nos entendemos tan bien

con los árboles, el viento, el cielo

-perfectamente con Cristo

 

fuera está la noche, el frío, la nieve,

se duerme con la cabeza bajo el ala

 

para germinar

 

la rectoría donde vivimos

guarda un poco de historia

 

-como las colinas

 

la calle del Molino, la calle del Bosque.

la calle de Saissemont, la calle de los Valles.

aquí los pasos van hacia las cosas,

sabemos hacia dónde.

 

al salir del pueblo

se entra en la escasez

de la hierba, de los trigos

-esta escasa capa de humus

 

pájaros y corzos abundan aquí

escapando

por el estrecho margen entre la vida y la muerte

 

mientras los hombres agotados vuelven

a alta mar

 

los hombres

-como los europeos en África

son pesados y toscos

pero la alondra el corzo el trigo

son elegantes

 

la luz lo une todo: voy al campo

como a uno de esos cuadros

donde el ciervo y los árboles están pintados con los mismos

óleos

 

paseándome por el corazón de África

he vivido en esta rectoría de Saisseval

plantado e inmóvil

 

viajando el cuerpo ya no se mueve

 

el mundo no es tan grande como los hombres

dicen

si no el mundo disperso ya no sería

el Â«mundo»
 

alrededor de Saisseval

las estrellas son como indios

en las colinas

 

además, la Estrella de Navidad y la Estrella Roja

eran estrellas de verdad

 

nos fiamos de cálculos falsos

las estrellas están cerca

 

el arco gótico de la vieja casa señorial

recibe cada mañana a la Tierra,

con su misma parábola

y la Tierra entra

 

el viejo caballo me devuelve de allende

al centro:

                al camino por donde camina el viejo caballo

 

al final del camino de repente

no queda más que luz y polvo...

 

(dicen que Dante, tras visitar el Paraíso,

se volvió taciturno)

 

me he encontrado al hombre pobre

de hoy en día

el hombre sencillo ha desaparecido

                                                                              quiero decir

el que se daba su tiempo

 

el aldeano ya era más que medio de tierra

el marinero era ya más que medio de mar

la tierra y el mar sólo tenían que subir un poco

 

el hombre muerto de hoy en día

-el que vive más tiempo.

                                                                  


SUR LE SENTIER je retrouve

la joie de la récitation

(même de la rédaction)

 

le village est humain

les arbres, les moineaux, les souris

sont humains

 

tous les verbes sont dans « soleil Â»

nourrir naître mourir changer voir

aussi comprendre enseigner germer mentir

 

les vaches s’enfoncent dans le chemin

disparaissent derrière les talus

reparaissent dans la prairie :

                                                               des actrices

 

ont joue ici le même théâtre depuis des siècles

 

les paysannes sont parfois des fleurs profondes

 

la tête des vaches passe aux portes des étables

la fermière est à la fenêtre

 

le spectacle de la basse-cour est celui que donnent

les hommes

 

cimes des sapins ou des montagnes

cimes aussi de la pensée

 

rien n’est plus minuscule qu’elles

 

avec son église et sa mairie au centre

c’est un escargot

dont la tête broute dans les champs

 

au-delà du village tout dépend de la lumière

il se peut qu’un bois soit là

qu’on n’avait pas vu la veille

 

tout lièvre est un géant:

je me souviens de cette lapine Géante des Flandres

qui m’a protégé pendant la guerre

 

j’avais été effrayé et émerveillé

quand j’avais vu, chez le collectionneur de papillons,

ces boîtes de verre

où étaient piqués des milliers de crucifix

multicolores

 

les collines sont maintenant trop proches

pour découvrir le vieil horizon

mais on voit bien le nouvel horizon des hommes:

les étoiles

 

les écuries ont disparu

c’était pourtant le bâtiment le plus chaud,

le plus parfumé, le plus montagneux.

 

je rencontre souvent cet homme las et triste

d’aujourd’hui

qui cependant doit croire à son bonheur.

 

je ne vois plus passer Dieu derrière la haie.

 

il faudra en revenir à quelques étoiles.

 

la vieille allume sa bougie.

on voit un escabeau,

un poèle,

la table.

la mort amie tire une cloche muette.

 

l’instituteur disait:

« Vous apprendrez ce poème »

 

l’enfant voyait un pont

 

c’était la guerre -la grand-mère

allumait la bougie

qui éclairait à peine

mais laissait voir les étoiles.

 

il faudra en revenir à une seule étoile

il faut en revenir à quelques hommes

à quelques femmes

sinon l’amour va partir

 

il faut en revenir

à ces quelques bûches

et à Jeanne d’Arc

qui est plus lumière que douleur

 

il faut en revenir à ces quelques maisons

à la lumière et à la poussière

-seulement

 

il y a de bien belles choses en ce monde

l’incompréhensible beauté des roses,

leur incompréhensible bonté

 

je rencontre l’homme pauvre et lâche

d’aujourd’hui

 

l’homme simple a disparu

je veux dire

celui qui se donnait le temps

de se donner au temps

 

en sortant du village

on passe du temps qui passe

au temps qu’il fait-

 

parfois un chien perdu et affamé

court au bord de la route:

c’est le pur, le dur, le profond désespoir

de l’Etre.

 

l’eau de la flaque devant le presbytère

fait une halte puis s’évapore

 

pour rejoindre l’eau

 

le soleil brille tant

qu’on ne voit pas sur lui les paysages

qui pourtant doivent être magnifiques

 

le 14 juillet quand les blés sont mûrs

des squelettes apparaissent dans les champs:

les moissonneurs

 

(ce  soir je lis justement une histoire de la

Guerre de Vendée

n’y avait-il pas des deux cotés

le jardin d’Eden?)

 

sur les talus on trouve des dizaines d’espèces

de fleurs minuscules—

stupéfiant qu’il n’y ait qu’une espèce d’hommes

 

l’homme et l’arbre debout

le poème sur sa gauche

ont un à-pic

 

que ne connaissent pas ceux qui vont

à quatre pattes

et font le signe égal.

 

la main qui est au dessus du village

en laisse choir beaucoup.

 

le conseil municipal se réunit à la mairie,

on le voit à la lucarne éclairée

 

vers la lune belle comme toujours.

 

« il fait beau aujourd’hui Â» dit la fermière

en guise de bonjour:

le temps qu’il fait est mêlé au temps

qui passe.

 

les papillons ressemblent aux fleurs.

facile à dire

car il faut découvrir derrière eux

l’être unique.

 

ils ont construit leur maison

pour s’abriter du temps qu’il fait

 

mais que pouvaient-ils faire contre le temps

qui passe ?

 

l’Oncle Pierre le jardinier

considérait une graine.

c’est une tête disait-il.

 

l’Oncle Pierre vieillissait,

se courbait: la terre lui donnait

sa forme.

 

je l’ai vu disparaître dans le paysage

 

ne nomme pas les fleurs, me disait-il,

sois comme elles anonyme,

inconnu

 

il aimait répéter:

le pommier lui aussi est un bon jardinier

 

il m’assurait qu’il voyait dans l’air

les nuages de pollen

et il ajoutait

« Ce n’est pas une question de vue Â»

 

il me montrait sa bêche, son râteau, sa pioche,

parfois sa fourchette et son couteau:

« Ce sont des outils cruels.»

 

vieux il ne mangeait plus que de la soupe, blanche,

il voulait la douceur de la rondeur de l’assiette,

de la soupe un instant arrêtée,

de la cuiller

 

le vieil arbre le vieux chien le vieil homme

se ressemblent

-aussi quand ils sont enfants.

ce n’est qu’à l’âge adulte qu’ils s’éloignent l’un

de l’autre

 

l’Oncle Pierre le jardinier me racontait

dans la Somme, en seize, il m’est arrivé

de jeter des graines vers la tranchée d’en face

-quelques temps après il y avait là un beau pont

de capucines

 

il m’avait dit: en tournant la Terre

fait une belle ouverture-

et c’est en tournant que la Terre le cueillit,

aucun œil ne pleura

 

restent de lui quelques bourgeons

perdus parmi les bourgeons

-et naturellement le rouge-gorge

 

je le vois joindre les mains

laissant un peu d’air entre les paumes

une libellule,  il rêvait.

 

je suis un arbre parmi les animaux

l’arbre est un homme parmi les végétaux

il rêvait

 

dans ce jardin j’ai vécu heureux il  rêvait

les arbres m’ont toujours tenu sur le qui-vive

 

l’oncle disait:

les pommes déjà virent au rouge

comme s’il s’agissait d’une direction prise

par le temps

mais je n’écoutais pas: je voulais retrouver l’oncle

de l’oncle et l’oncle de cet oncle

et je retrouvais à nouveau un arbre

 

arbre, baum, tree, des centaines de noms, des

milliers de noms-

il rêvait- combien de langues parle cet arbre

 

moi je regardais la girouette:

ton pays est à l’est, à l’ouest, au sud,

au nord…

 

je me souviens que pour obtenir un monde éclatant

l’oncle disait eau

au lieu d’océan, pluie, étang, ruisseau

rivière...

 

il me disait aussi: l’agneau de Dieu

c’est aussi l’agneau de la brebis

-et il pleurait

 

quand l’oncle mourut j’ai croisé

le lièvre aux longues jambes

l’essor du monde

et la halte qu’il fait là

 

je croise ce paysan taciturne

qui semble avoir la puissance de Dante:

ici aussi ils brûlèrent des herbières, dit-il,

il faut penser à Jeanne, à sa dette envers le bûcher.

 

je regarde plus

et plus longtemps

la toujours merveilleuse lune

 

et aussi la fleur

qui a la forme du monde

et le fond

 

passer l’hiver derrière la colline,

le printemps dans le bois,

l’été dans le champ,

l’automne dans le verger,

 

faire ce que fait le soleil

 

je rencontre cet homme désert d’aujourd’hui

dont les paroles sont des échos

 

quelques traces d’histoire restent dans le village:

la porte du manoir, le presbytère,

un arbre de la liberté

qui peu importe à l’arbre

 

il faudra bien réduire à nouveau le ciel

à quelques étoiles

peut-être à une seule étoile

 

l’Etre est si simple, si pauvre.

 

 

ce matin -nous sommes début Janvier

et la lumière croît-

un merle chantait dans le jardin, tout proche,

 

mais loin, si loin dans le temps.

EN EL CAMINO redescubro

el goce de declamar

(también el de redactar)

 

el pueblo es humano.

los árboles, los gorriones, los ratones

son humanos

 

todos los verbos están en «sol»

nutrir nacer morir cantar ver

también comprender enseñar germinar mentir

 

las vacas se hunden en el camino

desaparecen tras los taludes

reaparecen en el prado:

                                               son actrices

 

aquí se representa la misma obra desde hace siglos

 

las aldeanas a veces son flores profundas

 

la cabeza de las vacas pasa por la puerta de los establos

la granjera está en la ventana

 

el espactáculo del corral es el que ofrecen

los hombres

 

cimas de pinos o montañas

cimas también del pensamiento

 

nada es más minúsculo que ellas

 

con su iglesia y su ayuntamiento en medio

hay un caracol

cuya cabeza pace en los campos

 

fuera del pueblo todo depende de la luz:

puede que haya un bosque allá

que no habíamos visto la víspera

 

toda liebre es un gigante:

me acuerdo de este conejo Gigante de Flandes

que me protegió cuando la guerra

 

me quedé asustado y asombrado

cuando vi al coleccionista de mariposas.

esas cajas de vidrio

donde estaban clavados miles de crucifijos

multicolores.

 

las colinas ahora están demasiado cerca

para descubrir el antiguo horizonte

pero se ve bien el nuevo horizonte de los hombres:

las estrellas.

 

han desaparecido los establos

aunque eran el edificio más caliente,

el más oloroso, el más montañoso.

 

veo a menudo a este hombre cansado y triste

de hoy en día

que sin embargo debe creer en su felicidad.

 

ya no veo pasar a Dios detrás del seto.

 

habrá que acordarse de algunas estrellas

 

la vieja enciende una vela.

se ve un escabel,

                               una estufa,

la mesa,

la muerte amiga toca una campana muda.

 

el maestro decía:

«aprended esta poesía»

 

el niño veía un puente

 

había guerra -la abuela

encendía la vela

que alumbraba a penas

pero dejaba ver las estrellas.

 

habrá que acordarse de una sola estrella

hay que acordarse de algunos hombres

de algunas mujeres

si no el amor se irá

 

hay que acordarse

de esos cuantos leños

y de Juana de Arco

que es más luz que dolor

 

hay que acordarse de esas cuantas casas

en la luz y en el polvo

-solamente

 

hay muchas cosas bellas en el mundo

la belleza incomprensible de las rosas,

su incomparable bondad

 

veo al hombre pobre y flojo

de hoy en día

 

el hombre sencillo ha desaparecido

                                                                              quiero decir

el que se tomaba su tiempo

para entregarse al tiempo

 

al salir del pueblo

se pasa del tiempo que pasa

al tiempo que hace-

 

a veces un perro perdido y hambriento

corre por la carretera:

es la pura, dura, profunda desesperación

del Ser.

 

el agua del charco ante la rectoral

se detiene y luego se evapora

 

para reunirse con el agua

 

el sol brilla tanto

que ya no se ven sus paisajes

aunque deben de ser magníficos

 

el 14 de julio cuando los trigos están maduros

aparecen esqueletos en los campos:

los segadores

 

(esta noche leo precisamente la historia

de la Guerra de la Vendée

¿acaso no tenía dos lados

el Jardín del Edén?)

 

en los taludes se encuentran decenas de especies

de flores minúsculas-

sorprende que no haya más que una especie de hombres.

 

el hombre y el árbol de pie

el poema a su izquierda

tienen una verticalidad

 

que no conocen los que caminan

a cuatro patas

y dejan huellas iguales.

 

la mano por encima del pueblo

deja caer muchas cosas.

 

el consejo se reúne en el ayuntamiento

se le ve por la claraboya iluminada

hacia la luna, siempre bella.

 

«Hace bueno hoy!» dice la granjera

en vez de buenos días:

el tiempo que hace se mezcla con el tiempo

que pasa.

 

las mariposas parecen flores.

se dice fácilmente,

porque hay que descubrir tras ellas

al ser único.

 

han construido sus casas

para resguardarse del tiempo que hace

pero ¿qué pueden hacer contra el tiempo

que pasa?

 

el tío Pierre el jardinero

miraba una semilla

es una cabeza, decía.

 

el tío Pierre envejecía,

se curvaba: la Tierra le daba

su forma.

 

yo lo vi desaparecer en el paisaje

 

no des nombre a las flores, me decía

sé como ellas anónimo,

desconocido

 

le gustaba repetir:

el manzano también es un buen jardinero

 

me aseguraba que veía en el aire

las nubes de polen

                               y añadía

«No es cuestión de vista»

 

me enseñaba su laya,  su rastrillo, su zapapico,

hasta su cuchillo y tenedor:

«son herramientas crueles».

 

de viejo no comía más que sopa, blanca,

buscaba la dulzura y redondez del plato,

de la sopa detenida un momento,

de la cuchara

 

el árbol viejo el perro viejo el hombre viejo

se parecen

                -también cuando son niños.

sólo en la edad adulta se distancian

 

el tío Pierre el jardinero me contó:

en el Somme, el 16, se me ocurrió

tirar unas semillas a las trincheras de enfrente

-poco después había un bonito puente

de capuchinas

 

él me había dicho: al girar la Tierra

hace una bella abertura-

y fue girando como lo acogió la Tierra,

ningún ojo lloró

 

quedan de él algunos brotes

perdidos entre los brotes

-y naturalmente el petirrojo

 

le estoy viendo unir sus manos

dejando algo de aire entre las palmas:

una libélula. soñaba.

 

yo soy un árbol entre los animales

el árbol es un hombre entre las plantas

soñaba

 

en este jardín viví feliz soñaba

los árboles me tuvieron siempre alerta

 

el tío decía:

las manzanas ya van hacia el rojo

como si se tratara de una dirección tomada

por el tiempo

pero yo no escuchaba: quería encontrar al tío

del tío y al tío de este tío

y encontré de nuevo un árbol

 

árbol, baum, tree, cientos de nombres,

miles de nombres-

soñaba- cuántas lenguas habla este árbol

 

yo miraba la veleta:

tu tierra está al este, al oeste, al sur,

al norte...

 

recuerdo que para conseguir un mundo brillante

el tío decía agua

en vez de océano, lluvia,  lago, estanque, arroyo,

río...

 

me decía también: el cordero de Dios

es también el cordero de la oveja

-y él lloraba

 

cuando murió el tío me crucé

con la liebre de patas largas

el impulso del mundo

y su parada

 

me cruzo con el aldeano taciturno

que parece tener la fuerza de Dante:

aquí también quemaban hechiceras, dice

y hay que pensar en Juana, en su deuda con la hoguera.

 

yo miro más

y cada vez más tiempo

la siempre maravillosa luna

 

y también la flor

que tiene la forma del mundo

y su fondo

 

pasar el invierno tras la colina,

la primavera en el bosque,

el verano en los campos,

el otoño en el huerto,

 

hacer lo que hace el sol

 

me encuentro con este hombre desierto de hoy en día

cuyas palabras son ecos

 

algunas huellas de historia quedan en el pueblo:

la puerta de la casona, la rectoría,

un árbol de la libertad

que poco importa al árbol

 

habrá que reducir de nuevo el cielo

a unas cuantas estrellas

quizá a una sola estrella

 

el Ser es tan simple, tan pobre.

 

esta mañana -comienza enero

y la luz crece-

un mirlo canta en el jardín, cercano,

 

pero lejos, muy lejos en el tiempo. 

                                    

Automne 1992

début d’hiver 1993

 

otoño de 1992

principios de invierno de 1993

 
 


 

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